Données à ne jamais coller dans une IA : la liste et les alternatives
Un mot de passe, un IBAN, un arrêt maladie, un chiffre pas encore publié : certaines données n'ont rien à faire dans une IA grand public. La liste, et les façons de travailler sans elles.
Fin de mois, service administratif. Il faut relancer les clients en retard, et le tableur refuse de calculer correctement les jours de retard. Le réflexe : exporter les deux cents lignes du logiciel de facturation, les coller dans une IA grand public et demander « trouve-moi la bonne formule ». Dans l'export, il y a les noms des clients, leurs adresses, leurs coordonnées bancaires, les montants dus, et une colonne de commentaires où quelqu'un a noté « en arrêt maladie, rappeler en mars ».
Pour écrire une formule, l'IA avait besoin de trois choses : le nom des colonnes, le format des dates et le résultat attendu. Tout le reste est parti pour rien.
C'est l'idée centrale de ce guide : l'IA a presque toujours besoin de la structure d'un problème, très rarement des données elles-mêmes. Voici ce qui ne doit jamais partir, puis comment obtenir la même aide sans l'envoyer.
La check-list : sept familles de données à garder pour vous
1. Les secrets d'accès
Mots de passe, codes de connexion, clés d'accès à un service, jetons d'authentification, codes de double vérification. On les colle sans y penser en demandant de l'aide sur un fichier de configuration ou un message d'erreur. Aucun outil n'en a besoin pour vous aider, même confidentiel : remplacez-les par [MOT_DE_PASSE] ou [CLÉ]. Et si l'un d'eux est déjà parti, changez-le.
2. Les identifiants officiels et bancaires
Numéro de sécurité sociale ou d'assuré, numéro de passeport ou de carte d'identité, numéro fiscal, IBAN, numéro de carte bancaire. Ils identifient une personne de façon certaine et servent à l'usurpation d'identité. Une IA n'en a jamais besoin pour rédiger, calculer ou reformuler.
3. Les données de santé et les autres données sensibles
Arrêts maladie, diagnostics, handicap, mais aussi opinions politiques ou religieuses, appartenance syndicale, vie sexuelle, condamnations. Le RGPD comme la loi suisse sur la protection des données les traitent comme des données sensibles, avec des règles plus strictes. Elles se cachent souvent là où on ne les attend pas : une colonne de commentaires, une ligne d'un compte rendu, un mail transféré.
4. Les données personnelles des autres
Noms, adresses, numéros de téléphone, courriels de clients, de candidats, de collègues ou d'usagers. Ces personnes ne vous ont pas autorisé à les confier à un service tiers. Un CV, un entretien annuel ou une réclamation client en sont pleins.
5. Ce qui est couvert par un secret
Secret professionnel, secret médical, secret de fonction : le Code pénal punit leur violation, en France comme en Suisse. Pour les métiers concernés, la question n'est même pas celle du risque, mais du droit. Voir notre guide pour les avocats ou pour les agents publics.
6. Les informations non publiques de l'entreprise
Résultats avant leur annonce, projet de rachat, réorganisation pas encore communiquée, offre commerciale en cours de négociation, code source, rapport d'audit interne. Le secret des affaires et les clauses de confidentialité de vos contrats couvrent souvent ces documents, y compris ceux qu'un client vous a confiés.
7. Les captures d'écran et les fichiers « pour le contexte »
Une capture d'écran prise pour montrer un bug affiche aussi la boîte de réception, le nom du client ouvert dans l'onglet voisin, parfois un tableau entier. Un document joint « pour le contexte » contient en général bien plus que le passage utile. Avant de joindre, regardez ce qui est visible, pas seulement ce qui vous intéresse.
Comment travailler quand même : trois techniques
Décrire au lieu de copier
Pour la formule du tableur, la demande utile tient en quelques lignes, sans une seule donnée réelle :
J'ai un tableau avec les colonnes « Client », « Date de facture » (format JJ/MM/AAAA), « Échéance en jours » (nombre) et « Montant ». Écris une formule qui calcule le nombre de jours de retard à la date du jour, affiche 0 si la facture n'est pas encore échue, et explique-moi comment l'étendre à toute la colonne. Donne-moi aussi une mise en forme conditionnelle qui colore en rouge les retards de plus de 30 jours.
Si l'IA a besoin d'exemples, inventez trois lignes fictives au même format. Le résultat est identique.
Remplacer par des repères cohérents
Quand le texte compte, comme un mail ou une note, remplacez chaque élément identifiant par un repère stable : [CLIENTE A], [SOCIÉTÉ B], [MONTANT]. Gardez la cohérence (la même personne garde le même repère tout au long) et ce qui sert au raisonnement : « une PME industrielle de quarante salariés » apporte plus qu'un nom propre. Pour les chiffres, des valeurs fictives dans les mêmes proportions suffisent à obtenir la bonne analyse.
Avant : le mail de relance collé tel quel, avec le nom de la cliente, son numéro de contrat, ses coordonnées bancaires et la mention de son arrêt maladie.
Après : « Relance amiable pour [CLIENTE A], deux factures en retard de 45 jours, cliente fidèle depuis six ans, qui nous a signalé des difficultés personnelles. Ton bienveillant, proposition d'échéancier. » L'IA écrit la même lettre ; vous rétablissez les vrais éléments dans votre messagerie.
Changer d'outil quand le contenu lui-même est sensible
Certaines tâches ne se décrivent pas : relire une note de réorganisation, résumer un dossier, reformuler un compte rendu où chaque détail compte. Il faut alors un outil où le texte ne part pas chez un tiers.
Dans IA Confidential, les questions sont traitées par défaut par des modèles ouverts installés sur des serveurs en Suisse, sous la loi suisse sur la protection des données, hors du champ du CLOUD Act. Ces modèles confidentiels ne transmettent rien à des tiers. L'outil propose trois familles de modèles : locaux, spécialisés, et externes ; le choix est automatique ou manuel, et les modèles externes ne sont utilisés que si vous les choisissez.
Si vous choisissez un modèle externe, le filtre confidentialité examine d'abord votre message. S'il détecte des données sensibles, il vous propose de répondre avec un modèle confidentiel, message intact, ou d'anonymiser pour le modèle externe, avec une version que vous pouvez relire et corriger avant l'envoi. L'envoi tel quel reste possible, mais c'est votre décision, prise en connaissance de cause.
Les pièces jointes (texte, PDF, Word, images) sont lues dans votre navigateur. Vers un modèle externe, seuls des extraits pseudonymisés partent. Et si un document reste trop identifiant même masqué, l'assistant le signale : il est alors traité par un modèle confidentiel, ou seule votre question part.
Enfin, dans le panneau Confidentialité, vous pouvez écrire vos propres consignes d'anonymisation : le nom de votre entreprise, un nom de code de projet, la façon de traiter les montants. Ce sont précisément les éléments qu'aucun détecteur automatique ne peut deviner seul.
Les limites à connaître
Un filtre détecte, il ne comprend pas votre métier. Un nom de projet interne, un surnom de client, une référence qui ne ressemble à rien peuvent passer inaperçus : c'est le rôle de vos consignes d'anonymisation, et de votre relecture de la version anonymisée.
L'IA peut aussi se tromper ou inventer : une formule qui fonctionne sur trois lignes et pas sur deux cents, un chiffre recalculé de travers. Testez, vérifiez, relisez. Ce qui sort sous votre nom reste votre responsabilité.
Et un outil confidentiel ne remplace pas la règle de votre employeur. Si votre charte informatique interdit tout outil non validé, faites remonter le besoin plutôt que de la contourner. Pour les réflexes généraux, lisez notre guide pour utiliser l'IA au travail sans risque.
Ce qui reste confidentiel
Avec un modèle confidentiel, votre question, vos pièces jointes et la réponse sont traitées sur des serveurs situés en Suisse, et rien n'est conservé de notre côté : l'historique de vos conversations reste dans votre navigateur. Nous ne pourrions pas le produire si on nous le demandait, parce que nous ne l'avons pas.
Avec un modèle externe, rien ne part sans passer par le filtre confidentialité, et c'est vous qui choisissez entre la version anonymisée, les extraits pseudonymisés ou l'envoi tel quel.
Une précaution reste entre vos mains : l'historique étant dans votre navigateur, il est lisible par toute personne qui utilise la même session sur le même ordinateur. Sur un poste partagé, déconnectez-vous en partant. C'est aussi pour cela que la règle des secrets d'accès vaut partout : un mot de passe n'a rien à faire dans une conversation, même confidentielle.
Pour essayer la technique du « décrire au lieu de copier » sur votre propre tableau : ouvrez le chat.